Crédit : Samuelle Renaud Oheix


Dans la mythologie, Aquilon est la personnification du vent, Himéros est celle du désir, Nérée un dieu marin. γ gamma, trois dans le système de numération grecque.

Ecrit par Lyson, ce triptyque est mis en musique par Yan Péchin. Valentin Thénot est intervenu dans la composition de NÉRÉE, ajoutant ses nappes ambient expé. AQUILON l’impalpable, HIMÉROS le libre et NÉRÉE le solitaire, soulignent la trace spirituelle qui subsiste en chacun de nous.

"Accompagné de ses six guitares et de son banjo, Yan travaille par couches, chacune se parlant, se mêlant à la fin de l’après midi. Après cette construction et quelques écoutes, nous avons enregistré la voix. L’improvisation se trouve sous différentes formes dans chacune de nos créations." L.L.

AQUILON

Le rythme ferroviaire, accompagne bien des mélancolies.
Les vallées deviennent les corps que j’ai jamais caressé, ils apparaissent dans le reflet. Le train me propulse dans une zone de Métempsychose. Les pensées baisent dans les étendues de souvenirs, en hypnose. Le battement appelle l’étreinte, l’intimité dérobée dans la ville éteinte. Des marais bordés d’orties, naissent les secrets obstinés.

Syncopée par le tempo lascif, la régulière agitation de tes reins. Ma joue est brûlante, fragments d’un éclat de soleil. Les grands espaces, tes hanches complètes et infinies. Arums battus par Aquilon. Vague dans un ventre volcan.

Enveloppé d’horizon, tu te lèves comme un épi. A l’intérieur une pierre se détache avec un cri. L’express plonge dans un tunnel, génère une transmission, un langage, une connexion. Une colline répand jusqu’à moi tes pensées. Les vents transports de leur lumière, éclatent où il n’y a plus de mémoire.

Ton souffle agite les feuillages, j’y entends l’écume, un bonheur sauvage. Il n’y a rien que je ne rêve. Sur les cimes tes bras ouverts, dans les forêts épineuses le mystère de tes lèvres. Tu évoques la mer, je m’éveille. On s’en tient aux choses de l’âme. Quand l’essence aura trouvé la grâce, nous pourrons prendre corps.

Modifiées par la cadence, les pensées deviennent organiques, la vie tient dans ce wagon lit. lampadaires, traînés lumineuses, flambeaux d’une réalité. Solitude du quai la nuit. Ces ombres éphémères, auréolées d’orange, penseurs désœuvrés sur l’embarcadère. Dans un même mouvement, transportés en eux même, dans cette gare douce amère.

 

 

HIMÉROS

Les oiseaux s’esquivent, dans un ciel d’absinthe.
Dans sa paume, un ver luisant. Je veux devenir roseau.

Son expiration calme les sous-bois. Il a "le souffle du cerf".
Derrière lui, la lumière des enfants éveillés. Il écoute le tonnerre.
Conversations silencieuses, sel d’enfance, triade sans repos.

Embrasser sa vision couleur feuille, son spectre vert d’eau.
Une croyance dans l’œil le rend divin, y dérivent les rivières.
Il dit que la nature est esprit, je songe à ses préliminaires.

Lier visible et invisible, enlacer les conifères, l’entendre nu.
Sur myosotis, regards au ciel, entrelacées les mains émues,
Le spirituel n’a qu’une soif, être charnel.

L’âme a cet infini appétit, d’offenses, de désobéissances.
Peut-on se subdiviser ? Aux désirs, Aux espérances,
A ce mouvement de joie ? Je le contemple, me découvre.
Il est pour les ombres un émoi.

La route mène au feu de broussailles, à son éclat,
A cette indécente trinité. Au pied d’un frêne, dans le tout.
Lui image de péché. L’arbre boit des gouttes de nous.

 

 

NÉRÉE

Les vents dévorent Brest la blanche, gravent ce Finistère.
Sur un cargo, son visage de proue, espoir de haute mer.
Sa plume, sur la page saline, récolte les mots.
Choisis pour leur goût, leur sémantique, leur écho.

La solitude une carrière de granit, l’intuition une roche.
Dans cet insaisissable éblouissement, d’elle il est proche.
Tailleur statuaire, sculptures aux mots somptuaires,
Dentelles de chairs vives, il brode son illusion particulière*.

Il plonge dans les profondeurs, pour trouver la source.
A dos d’hippocampe, sabots d’Airain, crinière farouche.
Des hiéroglyphes, des écritures ougaritiques jusqu’au ciel.
Chaque voyelle, jusqu’à cantillation, chuchotées à son oreille.

Même si le jour est incomplet, son histoire sera enluminée
de pépites littérales, d’huiles élégiaques. Il poursuit l’inachevé.
Il embrasse la terre, inondée d’embruns et surgit un palais.
Abriter, d’encre noire, ce qui pour lui ne meurt jamais.

Sur l’horizon brumeux, voir l’éclat, la beauté du lieu.
Il appartient à l’œuvre solitaire, écrire est son aveu.
Le vent frappe ses tempes, sa vérité exaltée.
Très haut, des étoiles fixes, sur une mer de lait.

*Apollinaire

L´Equipe

Yan Péchin
Yan Péchin

Guitares, composition

Lyson Leclercq
Lyson Leclercq

Textes, voix, conception

Valentin Thénot
Valentin Thénot

Composition - NÉRÉE

Yan Péchin
Yan Péchin

Guitares, composition

Lyson Leclercq
Lyson Leclercq

Textes, voix, conception

Valentin Thénot
Valentin Thénot

Composition - NÉRÉE